• Maria Lambour, fin d'une époque...

     Maria avait eu 103 ans le 2 septembre 2014. De passage à Pont-L'Abbé l'an passé, j'avais tenté de lui rendre une petite visite. Elle n'était pas là mais j'avais appris par le voisinage qu'elle s'était cassé le bras et qu'elle ne pouvait plus mettre sa coiffe. On m'avait indiqué également qu'elle avait fortement décliné... Quand on sait la portée symbolique et psychologique de cet acte rituel matinal, j'avais jugé cet accident inquiétant. 

    Hommage en poésie et en chanson de Victoria trouvé sur soudcloud.

     

    Célèbre bigoudène centenaire

     

     

    Pont-l'Abbé, 2 septembre 1911. Ferme de Kerguen, à l'Ile Chevalier, bout de terre au bout du Finistère, la petite Maria Le Berre ouvrait grand les yeux sur le monde. Plus de 100 ans après, c'est le monde qui regardait Maria rebaptisée "Lambour" du fait de son lieu d’habitation, peut-être la dernière Bigoudène à porter la grande coiffe tous les jours. Pas par coquetterie, quoique, mais surtout parce qu'il était impensable de se montrer les cheveux non couverts devant des inconnus.

    La silhouette était certes frêle et un peu courbée mais le caractère demeurait du genre "acier trempé". Son regard était appuyé, profond et vous transperçait. Certes, l'ouïe accusait un peu les ans. Une sacrée vedette, Maria, devenue star à 80 ans bien tassés grâce à la publicité, comme Tipiak qui en a fit une garante de ses plats préparés. «Piiiirat', z'ont volé not' recette»... La recette de sa longévité, elle la devait à une robuste constitution. «Je ne suis jamais malade», répétait-elle à l'envie. Il faut dire que son histoire avait de quoi forger un organisme. Devant des photos jaunies, elle se souvenait de la guerre 14-18 et de ces hommes qui partaient au front, sans grand espoir de retour. Dans une Bigoudénie bretonnante, elle découvrit le français à l'école. Devenue épouse Le Maréchal, mère de deux enfants, Maria devint veuve en 1940. Pas la guerre mais une autre faucheuse, la maladie. Pendant cinquante ans, de 1938 à 1988, elle officia derrière le comptoir de son troquet, dans le quartier de Lambour où elle vécut jusqu'au terme. Figure locale incontournable au point d'en avoir pris le nom, Lambour, rive gauche de Pont-l'Abbé, quartier populaire bouillonnant quand, de l'autre côté du pont, prospèraient bourgeois et marchands. C'était elle la patronne, intraitable, aussi bien bistrotière que banquière. Une poigne de fer et pas question de supporter les traîne-savates.

    Lambour aujourd'hui est apaisé. Son clocher décapité veille toujours mais les bistrots ont été remplacés par la maison de retraite de Pors Moro. La belle affaire! Maria Lambour occupait sa retraite à ravitailler les résidents en tabac et autres petites régalades, drôle de commerce parallèle entre anciens jeunes. Lambour, c'était aussi un chêne, un morceau de pelouse et un petit banc. Maria, à l'ombre, tricotait et tricotait encore. Elle jetait un regard parfois méfiant aux touristes venus la photographier mais finissait par satisfaire les plus respectueux d'entre eux. Le feu des projecteurs aidant, elle avait fini par prendre un peu goût à la célébrité, elle qui, par le passé, avait brutalisé quelques appareils photo un peu trop intrusifs. Mais Maria Lambour n'était pas qu'un petit bout de star centenaire. Elle incarnait aussi un symbole vivant de l'histoire de la Bigoudénie et, au-delà, d'une société traditionnelle, quand l'habit était un révélateur social. La coiffe avait pris de la hauteur avec elle. Une quinzaine de centimètres dans les années trente, trente à la fin des années quarante. Parce qu'elles étaient encore 3.500 en 1977 (700 en 1992) à la porter tous les jours, la coiffe était devenue un symbole. Désormais, alors que leurs portraits s'affichent à l'Unesco, elle était peut-être la dernière à porter régulièrement la coiffe. Maria a définitivement quitté la scène en ce lundi 20 octobre 2014; le rideau est donc tiré sur une certaine Bretagne. Elle avait 103 ans et 48 jours

    Vidéo : Maria et la tradition bigoudène

     

    Video : Star de la pub

     


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